Lorsque vous piloter une trajectoire stratégique en entreprise, vous avez toujours un mariage permanent entre:
- La vision stratégique top-down qui est l'orientation a priori que vous fixez à partir de tout ce que vous disposez comme intelligence de l'environnement interne et externe
- Les inévitables émergences de fait bottom-up qui conduisent à infléchir ou modifier la stratégie, soit du fait de vision émergente en interne, soit du fait d'innovation de rupture dans l'environnement externe
Ce mariage permanent est un motif structurel omniprésent pour l'activité d'une entreprise consistant à "se diriger".
Il en va de même pour chacun de nous, en tant qu'entreprise à lui tout seul.
- A chacun sa stratégie top-down, qui est de volonté et d''esprit :
En ce qui me concerne, je me suis
appliqué depuis le début une stratégie a priori (ce n'était pas conscient au départ - je ne savais pas encore
spécifiquement ce que je pouvais vouloir) : "conserver une capacité de mouvement optimale".
J'ai fini par découvrir que cette stratégie instinctive était conforme aux règles
de l’art stratégique : aux
échecs, celui qui perd est celui qui a perdu toute possibilité de mouvement,
idem pour le go, idem pour l’othello, idem à la guerre, etc….
Cela s’est traduit par une
évolution transversale pour découvrir peu à peu toutes les fonctions types
(commercial, marketing, développeur, directeur de projet, qualité, etc…). Cette
étape est derrière moi, sauf en ce qui concerne la fonction que j’exerce
aujourd’hui comme dirigeant associé. C’est un défi à part entière que de bien
mener cette fonction. En dehors de cette nouvelle fonction, ce qui m’éclate le plus dans ma vie
professionnelle est d’absorber de nouveaux métiers et de nouvelles cultures
propres à chaque entreprise, afin de proposer des projets parfaitement adaptés
aux besoins de ces personnes.
- A chacun également ses émergences bottom-up, qui viennent du corps, du vécu, de l'expérience:
Quelque soit la largeur de l'entendement qui préside à une vision top-down (même pour un Attali par exemple), nul ne peut tout prévoir. Il est donc optimal d'étager son développement avec des cibles à court, moyen et long terme. Au fur
et à mesure, les cibles sont validées et un 'check-point' est fait pour réévaluer l'orientation. Le cas échéant, il faut adapter ses
scenarii. Il se peut qu’un moyen d’atteindre la cible soit remis en cause et
qu’il faille choisir un autre chemin. Il se peut également que la cible soit
elle-même remise en cause.
CEn terme de stratégie, ce n'est pas une approche ou l'autre. Les deux sont nécessaires. Dans mon expérience, je constate que les hommes souffrent d'un manque des deux ou de la prédominance de l'un sur l'autre:
- Ils manquent de pragmatisme et d'adaptabilité aux circonstances. Ils n'étagent pas assez leur développement. Ils s'acharnent à vouloir atteindre un objectif long terme alors que de nombreux évènements s'interposent comme autant d'obstacles. Cela génère de la frustration. La juste métaphore, c'est le voilier vent debout qui continue à vouloir aller face au vent.
- Ils manquent de vision a priori et à long terme. Du coup, ils n'ont pas le cap pour se diriger au quotidien. La juste métaphore, c'est le capitaine qui n'a pas de boussole.
- Ils ont une boussole mais pas de pragmatisme: ils ne s'adaptent pas aux circonstances.
- Ils ont du pragmatisme sans boussole: ils vont dans le sens du vent et pas dans le leur.
Cela me rappelle pour finir l'histoire de ce capitaine qui venait d'Europe et qui cherchait à passer le cap Horn pour remonter ensuite les côtes du Chili. Après un mois à tirer des bords carrés dans les 40ième rugissant, il a fait demi-tour puis à fait le tour du monde en sens inverse, poussé par le vent pour atteindre son objectif. A méditer...